L'expatriation
Ou comment changer de vie sans se fuir
Le départ
Que ce soit avec un simple sac à dos ou avec une caisse maritime, pour quelques mois ou pour « toute la vie », en Europe ou à l’autre bout du monde, partir vivre à l’étranger est une belle aventure.
Au 1er janvier 2025, l’expatriation française représente près de 1 million 750 mille personnes avec 48 964 personnes de plus sur l’année 2024. Les motivations sont très diverses :
- pour suivre un conjoint qui est muté ou « évoluer dans son entreprise »,
- pour réaliser un rêve, un projet loin des tracasseries administratives ou fiscales limitantes,
- pour un stage, une formation,
- pour repartir à zéro
- …
La vie ailleurs
La vie ailleurs, c’est, d’une part, la découverte de l’Autre dans la culture, la religion, la nourriture, les règles de vie et d’autre part dans les paysages, le climat.
C’est fascinant de constater à quel point nous pouvons être semblables et, en même temps, si différents dans nos manières de percevoir la vie et ses diverses manifestations.
C’est tellement bon d’entendre dans le « selamat pagi », bonjour du matin balinais, toute la joie de passer un jour de plus avec les personnes aimées.
C’est tellement reposant dans un bureau de Melbourne de passer un bon moment entre collègues de travail voire avec le patron sans se prendre la tête sur le manque de travail et ce que cela peut signifier à moyen terme pour l’entreprise.
La réalité et parfois la déception
Et, derrière la carte postale, il y a pourtant les difficultés : l’adaptation à une manière de se nourrir totalement différente par exemple sans produits frais (légumes ou protéines animales), l’interprétation faite de part et d’autres des comportements ou des mots employés dans une langue qui n’est pas la langue natale, l’incompréhension face à un mode de fonctionnement ou à une administration qui peuvent être régis par des règles non écrites …
Le rêve peut alors virer au cauchemar avec, en bruit de fond, la petite musique de l’échec, du rejet.
Fuis moi … je te suis
En fait, quel que soit l’endroit où l’on vit, quel que soit l’endroit où l’on part, on se retrouve toujours face à soi.
Cette théorie est connue et ne surprend personne et pourtant, en pratique, elle est partout.
Celui ou celle qui a vécu toute sa vie en se sentant décalé, différent, va douloureusement (re)vivre la difficulté à se faire entendre, à oser dire ce qui ne lui convient pas.
Celui ou celle qui n’a jamais eu confiance en lui/en elle et en les autres va avoir la sensation de ne pas réussir à s’adapter, de ne pas être heureux/ heureuse dans ce qu’il /elle vit.
Le ou la perfectionniste va souffrir de ne pas se sentir performant(e) ou « à la hauteur » dans un système très coopératif ou, au contraire, ultra compétitif.
Finalement, l’expatrié peut avoir la nostalgie de la France quand il est là-bas et rêver d’y retourner quand il vient passer quelques jours en France. Un pied de chaque côté mais jamais totalement satisfait, serein.
Résilience
Alors il faut renoncer, rentrer ?
En « jetant l’éponge », cette expérience viendra s’ajouter à la longue liste des « ratés précédents » creusant encore le lit de l’insatisfaction, de la sensation de ne pas trouver sa place, de ne pas en avoir.
La réponse est à l’intérieur, à l’intérieur de chacun de nous, dans la relation à nous-même.
Lorsque nous sommes connectés à qui nous sommes, à d’où nous venons, en paix avec notre histoire, avec nos traumas, cela devient plus facile de vivre l’instant présent en profitant des couleurs, des sons, des sensations si différentes comme une richesse qui nous nourrit au lieu de les vivre comme une jungle dans laquelle tout nous rappelle que nous nous sommes perdus ou peut-être jamais vraiment trouvés !
Savoir se mettre en sécurité au quotidien, apprendre à rester dans l’instant présent va permettre de rester dans la réalité pour éviter de faire des suppositions ou de prendre ce qui se passe contre soi (2)
Une fois ancré dans cette réalité, il devient plus facile d’identifier les programmes négatifs et leurs conséquences sur notre quotidien, amenant des comportements toxiques répétitifs.
Une fois identifiés, déprogrammés, de nouveaux programmes viendront permettre de savourer chaque expérience, chaque rencontre en y ajoutant sa juste valeur sans en attendre davantage.
Vivre enfin cette vie choisie au lieu d’attendre que cette expérience répare une vie qui était perçue comme subie !
Un exemple ? (3)
(1) article de l’Alliance Solidaire des Français à l’Étranger « La population des Français de l’étranger en hausse » - 5 février 2025
(2) Les quatre accords toltèques - Don Miguel Ruiz
(3) Un exemple : M. X. est l’aîné de 5 enfants, il a fait de brillantes études alors que ses parents n’avaient pas pu en faire. Il travaille pour une société prestigieuse dans laquelle l’évolution de carrière passe par la case expatriation. Il part donc pour un pays Y pour 3 ans.
Au début, tout est neuf et il adore que chaque journée soit une découverte. Il adore ce qu’il fait, ce qu’il vit !
Puis, peu à peu, il se rend compte que ses collègues de travail locaux ne sont pas moteur, ne prennent pas d’initiative et qu’il porte tout seul le projet commun.
Il s’épuise donc à « pousser et à tirer la machine », il a l’impression que ce qu’il propose pour partager les tâches n’est pas entendu. Il est très stressé, il dort mal, peu, il perd confiance en lui, il est au bord du « burn out » lorsqu’il me contacte.
En mettant en place assidûment quelques outils de sophrologie dans son quotidien, il parvient rapidement à ne plus se mettre la pression, à retrouver un meilleur sommeil.
Nous parvenons ensuite à identifier 2 programmes négatifs :
- j’ai eu la chance de pouvoir faire des études, je dois réussir pour mes parents qui n’ont pas eu cette chance
- je suis l’aîné, je dois montrer l’exemple (comme il m‘a été demandé depuis que je suis tout petit), je n’ai pas le droit à l’échec.
Après quelques exercices de relation d’aide, il parvient à se dire qu’il peut être fier de son parcours, fier de lui ! Ses parents ont fait leurs propres choix, ses frères et sœurs doivent vivre leurs propres vies et il ne peut, en aucun cas, être tenu pour responsable de leurs bonheurs.
Dans ce pays Y, il aura trouvé en lui la force de se dire que, peu importe où il est et ce qu’il fait, il a le droit d’être heureux et de savourer l’instant présent ...

