Respirer – un traumatisme de naissance ou Pourquoi apprendre à respirer ?
Introduction - Le cadre
Une question fréquente m’est posée : « pourquoi faut-il que j’apprenne à respirer » ou sous une autre forme : « En quoi la respiration va-t-elle m’aider à résoudre mes problèmes ? ».
Ma réponse tourne invariablement autour de « très bonne question » et là je propose à la personne de respirer pour qu’elle prenne conscience que sa respiration est limitée à sa poitrine voire limitée tout court.
Je lui fais ensuite prendre conscience que, plus elle stressée et ...moins elle respire et ce, jusqu’à l’apnée, le diaphragme (1) bloqué, le plexus solaire (2) douloureux.
Le cadre est posé. Alors, pourquoi nous privons-nous de cet apport en oxygène indispensable à la vie et nécessaire pour trouver des solutions à nos problèmes ou pour être moins stressé ?
Préambule
En préambule, je tiens à souligner le travail magnifique fait dans des conditions souvent difficiles dans toutes les maternités par un personnel qualifié qui sauve des vies de bébés et de mamans par des gestes techniques nécessaires.
La vie intra-utérine et la naissance
Une fois que ceci est rappelé, je vous propose de revenir à la naissance. Le moment où le nouveau né active le réflexe de la respiration … dans la violence !
En effet, le fœtus ne respire pas, pas plus qu’il ne mange ni qu’il boit d’ailleurs in utero ! Il n’en a pas besoin car l’oxygène, les nutriments et l’eau arrivent jusqu’à lui, sans effort, via le cordon ombilical en directe provenance de la circulation sanguine de sa maman.
Et il existe d’autres spécificités à ces 9 mois (théoriques) de vie intra-utérine : une lumière qui lui arrive tamisée, des sons très étouffés, un bain permanent à une température confortable et aucun, AUCUN contact physique avec quelque chose d’inconnu.
Le Dr Leboyer, obstétricien, a écrit un livre magnifique dont je souhaite ici m’inspirer, il s’agit de « Pour une naissance sans violence ».
Il y explique qu’il existe des moyens simples pour changer la perception de la naissance.
Il y décrit, notamment, comment :
- en baissant la lumière,
- en demandant au personnel de chuchoter et uniquement lorsque c’était nécessaire,
- en évitant toute manipulation inutile et en attendant quelques minutes pour que le nouveau-né prenne ses premières respirations à son rythme avant de couper le cordon ombilical,
il voyait des visages de nouveaux-nés transformés, sereins (voir couverture du livre).
En effet, lors d’une naissance classique, lorsque ce nouveau-né arrive, épuisé, au bout d’un périple chaotique, il est confronté à :
- beaucoup de lumière, trop
- beaucoup de bruit, trop
- au froid et à des contacts répétés non souhaités
Et, sur-stimulé par tous ses sens, au-delà du tolérable, à bout de forces, il touche au comble de l’horreur quand le cordon qui le relie à sa mère, à la nourriture, à l’eau et surtout à l’oxygène est coupé brutalement.
Ce bébé tout neuf, sous peine d’asphyxie, n’aura pas le temps, comme tous les petits nouveaux-nés de mammifères, de passer en douceur et à son rythme d’une respiration exclusivement placentaire (via le cordon ombilical) à une respiration aérienne.
Pour ne pas mourir de manque d’oxygène, il va DEVOIR ouvrir ses poumons jusque là fermés puisqu’inutiles.
Les poumons sont 2 sacs et, à ce moment là, ils ressemblent aux sacs du rayon fruits et légumes, collés. Vous soufflez devant l’ouverture du sac (ça ne marche pas de l’autre côté !) et les 2 parois du sac se séparent.
De la même manière, sous l’effet de l’air qui entre violemment pour la première fois, les 2 parois de chaque poumon se séparent douloureusement.
Imaginez la souffrance de cette ouverture /déchirure des poumons !
Regardez sur la photo, la souffrance sur le visage de ce petit être … Personne ne peut dire que cette naissance est une partie de plaisir en le regardant même alors qu’il a été posé dans les bras de sa mère !
La première respiration : un traumatisme
À une époque où on reconnaît que la vie intra-utérine laisse des souvenirs chez le fœtus, il est facile d’imaginer l’empreinte négative laissée par cette première respiration forcée.
De plus, nous savons aujourd’hui, grâce aux travaux des neurologues, que lorsque nous sommes stressés, lorsque nous avons peur, c’est notre cerveau reptilien qui prend le relais, les commandes pour préserver nos fonctions vitales.
Et de mon point de vue, ce cerveau reptilien a enregistré que RESPIRER ÇA FAIT MAL !
Ce cerveau reptilien, lorsqu’il entre en mode survie, va donc réprimer la respiration pour protéger l’organisme de ce danger de trop.
Voilà pourquoi, nous passons, selon moi, d’une respiration innée réflexe à une « respiration acquise conditionnée par notre état émotionnel ».
Conclusion
C’est à nous, bien des années plus tard, de « rééduquer cette respiration », ou du moins sa perception, en nous exerçant à cette respiration innée, ample et souple afin qu’elle redevienne en toute situation un réflexe confortable.
Et c’est alors que nous retrouverons la capacité essentielle qui nous fait tant défaut : s’adapter sans s’oublier !
Mémo
Petite précision : la sophrologie est un ensemble de techniques dont la pratique d’une respiration complète mais ce n’est pas que cela …
(1) Diaphragme : muscle qui sépare la cage thoracique de l’abdomen. Ce muscle intervient de façon très importante dans la respiration.
(2) Plexus solaire : ensemble de nerfs et de ganglions situé dans la partie supérieure de l’abdomen , il joue un rôle de régulateur de la digestion et des réponses au stress.
